A quoi pourrait ressembler le travail en 2030 ?

(Denis Pennel : Conférence du 5 avril au salon Pro-Durable)

Une révolution individualiste bouleverse le monde du travail. Nos attentes face au travail
sont en train de changer, en particulier celles des jeunes générations.

Diversification des contrats, personnalisation des conditions de travail, porosité croissante entre vie privée et vie professionnelle, essor du travail indépendant : le modèle unique fondé sur le CDI et la relation de subordination à l’entreprise est devenu caduque. Demain l’emploi sera fragmenté, individualisé, à la carte, moins subordonné et plus collaboratif…

Face à la montée de l’individualisme et à la quête de sens des salariés tant au niveau de leur métier qu’au niveau de l’activité de leur entreprise, il faudra inventer de nouvelles formes de régulation et de protection pour réconcilier l’individu et le collectif, pour combiner flexibilité et sécurité. Il ne s’agit pas de renoncer à notre « modèle social », mais de comprendre pourquoi celui-ci n’apporte plus les protections adéquates et comment le refonder.

L’aspiration des individus à un travail épanouissant et adapté à leurs choix de vie imposera aux partenaires sociaux comme aux politiques de repenser notre contrat social, pour finalement replacer l’individu au cœur de la relation d’emploi. Cette évolution impliquera une refonte complète du droit du travail, ainsi qu’une révolution de la protection sociale et des modes de rémunération dans leurs modalités de distribution et de répartition.

Le monde du travail devra s’adapter à l’environnement économique et social de notre siècle, pour un marché du travail sans domination et sans exploitation, où les individus s’associent et coopèrent dans une dynamique de liberté et de respect mutuel tout en bénéficiant d’une protection juridique et sociale garantissant leurs droits fondamentaux.

Auto-entreprenariat, travail via des plates-formes numériques, renouveau de l’artisanat à travers des « fab labs » (laboratoires de fabrication ouverts au public), renaissance du petit commerce de proximité… c’est sans doute en dehors du salariat que s’inventeront de nouvelles manières d’exercer son activité professionnelle.

Il n’y aura plus un seul lieu physique de travail, mais une coexistence de lieux communs, privés ou publics. L’employé de demain sera un nomade.

De ce fait, le temps personnel et le temps professionnel seront moins délimités, mais chacun sera un acteur de son développement professionnel et personnel.

Le développement des softs skills (savoir-être) va s’accélérer. Le savoir-être aura encore plus de valeur.

L’abondance des informations via les différents canaux digitaux et la rapidité de consommation de l’information demandera à chacun de savoir maintenir un équilibre permanent entre des opérations multi-tâches et la focalisation sur une réflexion de fond en continue autour d’un projet, par exemple.

Le travailleur devra être auto-apprenant. Il décidera lui-même de se former, choisira selon ses besoins et sa disponibilité à travers une palette d’outils virtuels (e-learning, Mooc, mise en situation via masque virtuel…).

Il devra davantage être conscient de son propre mode de fonctionnement pour performer en collectif.

Chaque salarié, manager ou pas, pourra faire l’objet d’une évaluation collective (possibilité par exemple, de « liker », ou mettre des étoiles sur sa présentation de projet, sa performance et ses
résultats – nos enfants y sont déjà habitué via Facebook…)

Les jeunes générations, qui ne se retrouvent plus dans le management tel qu’il est pratiqué actuellement, poussent la société à évoluer vers d’autres façons de travailler. De plus en plus de
jeunes préfèrent démissionner, renoncer au confort d’un CDI et d’une rémunération stable car
l’entreprise, et ce, sans forcément avoir que l’on appelle le phénomène « jobbing out qui a moins peur du vide que de l’immobilité

Ce qui impactera la fonction de manager d’équipe. Demain, le manager efficace sera celui qui sait exercer une influence sur son écosystème. Reconnu par ses pairs, il sera d’autant plus reconnu par son équipe et ouvert à la prise de décision collective.

Sans en avoir conscience, nous sommes en train de vivre une vraie révolution du monde du travail. Le challenge des entreprises consistera à répondre à l’individualisation de la relation de travail, en
prenant davantage en compte les besoins et aspirations de chacun.

Cela nous rendra-t-il plus libres et plus heureux ? Et vous ?
Qu’en pensez-vous ?

Espérons-le et soyons réactifs en anticipant ces évolutions.
Pour en savoir plus, vous pouvez lire le livre de
Dennis Pennel « Travail, la soif de liberté ».

 

Le Gad 15

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