Recherche d’emploi pour un senior : les raisons d’espérer

En GAD depuis bientôt 1 an et demi, j’ai eu la chance de croiser des « quinquas » et je dois reconnaître que les paroles d’un ami retentissent toujours en sourdine dans ma tête : « En France, à partir de 50 ans, la recherche de poste devient un exercice particulier qui requiert des techniques et approches spécifiques ». Étant moi-même bientôt concernée (j’ai 48 ans et demi), je m’interroge sur le bien-fondé de cette affirmation : Ne sommes-nous pas là face à l’une de ses nombreuses idées reçues qui biaisent notre perception du marché du travail ? Ou s’agit-il d’un fait bien réel, auquel cas je devrais m’inquiéter d’acquérir au plus vite ces techniques pour réussir mon repositionnement professionnel ? Pour trancher ces questions et dissiper l’angoisse latente, après avoir échangé avec mes co-GADIENS selon l’esprit de Dynamique Cadres, j’ai eu le sentiment qu’il n’y avait rien de tel que passer à l’action, en menant une enquête « non sérieuse » à la Sherlock Holmes pour démêler le faux du vrai sur l’emploi et les seniors et ainsi faire éclater la vérité qui est obscurcie / brouillée derrière les messages en apparence contradictoires.

Cher lecteur, tel Watson, es-tu prêt à me suivre ? Si oui alors, enfile ton chapeau et filons illico sur la scène du crime (ou plutôt de la problématique) pour relever / recueillir nos indices.

En limiers avertis, d’abord intéressons-nous aux éléments de contexte quantitatifs et qualitatifs !

Une chose est sûre, en matière d’emploi des seniors, la France accuse un retard par rapport à ses voisins européens.

Un article1 reprend une étude menée par la DARES en décembre 2021. Cette étude indique que le taux d’activité des 55-64 ans en France est inférieur de 5,8 points à celui de l’Union européenne à 27 pays (UE27). En effet, si pour les 55-59 ans, le taux d’activité est de 0,4 points, plus élevé en France, il est inférieur de près de 12 points pour les 60-64 ans.

Ah je t’entends penser Watson ! Il y aurait des facteurs politiques dans l’histoire. D’autant plus que lorsqu’on s’intéresse de plus près aux chiffres du chômage, il apparaît que les demandeurs d’emploi seniors inscrits à Pôle Emploi sont toujours plus nombreux chaque année. Si on observe la progression des chiffres sur l’Ile-de-France (une des régions où le taux d’emploi des seniors est plus élevé que dans le reste du pays, 69% en IDF contre 61% pour l’ensemble de la France métropolitaine), on constate que le nombre des demandeurs d’emploi de 50 ans est passé de 150 000 en 2011 à 278 000 en 2021.

 Qu’est-ce qui explique cela ?

D’après les spécialistes, c’est l’arrivée des baby-boomers dans la tranche d’âge des 55-64 ans et la fin de la dispense de recherche d’emploi pour les plus de 50 ans qui seraient à l’origine de ce phénomène.

Ah oui, c’est vrai ! j’allais oublier, il faut tenir compte du facteur démographique !

Elémentaire, mon cher Watson ! En plus, fait aggravant, les seniors restent plus longtemps au chômage. Au troisième trimestre 2021, la durée d’inscription des demandeurs d’emploi de 55 ans et plus est de 771 jours contre 349 jours tous âges confondus.

Mais poursuivons notre recherche d’éléments de contexte. Que vois-tu d’autre Watson ?

 Le cadre législatif qui oblige à travailler plus longtemps pour tous2 alors qu’en parallèle les seniors en recherche d’emploi témoignent de grandes difficultés ?

Effectivement, c’est le fameux discours « Vous n’êtes pas dans les profils recherchés, nous recherchons surtout des jeunes qui ont beaucoup d’expérience ! Ou encore : Vous êtes trop expérimenté / surdimensionné par rapport au poste proposé, vous allez vous ennuyer ! »

Soit dit en passant, pour contourner cet obstacle, certains seniors n’hésitent pas alors à faire des concessions3 (sur le salaire en particulier)

Toutefois, tu noteras Watson sans jeu de mots, que toutes les entreprises ne sont pas à mettre à la même enseigne car la réalité est plus complexe qu’il n’y paraît. Il faut nuancer en fonction de la typologie du secteur public/privé et de sa nature (industriel ou non)4

Maintenant que nous avons recensé tous nos éléments de contexte, je te propose de passer aux choses sérieuses en faisant quelques prélèvements d’indices de rigueur. Ouvrons l’œil car il y a certainement des détails qui auront échappé à nos confrères de la police.

Dans leur rapport que j’ai consulté avant d’accepter cette affaire, ils indiquent les bonnes raisons d’embaucher un senior5 :

– Pour l’étendue plus grande de son savoir et son expérience technique et relationnelle

– Il est compétitif sans être dans la compétition

– Il connaît bien l’entreprise (jeux des forces internes, le marché, clients et partenaires)

– Il est prêt à transmettre, il a souvent du leadership

– Il comprend et discute avec les dirigeants (il rassure et inspire confiance)

Si je comprends bien, alors les seniors sont une ressource précieuse pour l’Entreprise au vu de toutes les qualités que tu viens d’énumérer ! Ah tiens, on dirait qu’il y a quelque chose de coincé dans les gonds de la porte…

Qu’est-ce que c’est ? Vite, prenons une loupe. C’est un morceau de journal déchiré ! Le passage de l’article qu’il contient est daté du 10 mars 2022. Malheureusement, seuls quelques mots sont lisibles “Engagement, club Landoy, senior…”.

Qu’à cela ne tienne, une petite recherche sur Internet nous aidera sans doute à en savoir davantage !

Tu as sans doute raison, utilisons notre moteur de recherche préféré.

Ah ça y est, je crois que j’ai trouvé !!! L’article6 en question fait référence à une charte signée à l’initiative de L’OREAL, BAYARD et le club LANDOY ; cette charte regroupe 10 engagements clés pour valoriser la place des seniors de plus de 50 ans dans l’entreprise.

 Ces engagements s’articulent autour du recrutement, de la formation, du maintien dans l’emploi, de l’accompagnement des évolutions de carrière, de la sensibilisation aux stéréotypes liés à l’âge…

Cette charte a été signée en mars 2022 par 32 grandes entreprises. Cela concerne les seniors déjà en entreprise pour leur permettre d’évoluer au mieux dans l’entreprise. Parmi les engagements, il y a aussi celui d’embaucher des “personnes à toutes les étapes de leur carrière”.

Cher Watson, avec cet article nous tenons sans doute un élément clé dans notre enquête : il y a une prise de conscience par des entreprises du besoin d’accompagner les seniors dans l’emploi.

Certaines sociétés prennent des mesures concrètes : elles mobilisent des tuteurs seniors pour encadrer alternants et stagiaires. D’autres constituent des binômes senior-nouvel entrant pour faciliter le transfert des savoir-faire et la montée rapide en compétences. Il s’agit de mieux reconnaître et valoriser leurs seniors en interne : encadrer les juniors pour leur apprendre les ficelles du métier, leur faire passer des paliers d’apprentissage plus rapidement, utiliser leurs réseaux pour faciliter leur introduction.

À titre d’exemple, DANONE, EDF, ORANGE ou RALPH LAUREN constituent des groupes junior/senior pour la transmission du savoir.

Certaines entreprises vont d’ailleurs plus loin car elles mettent en place des initiatives pour embaucher des seniors. C’est le cas d’ATOL ou GRAND OPTICAL qui engagent des seniors pour conseiller leurs homologues dans le choix des lunettes.

Toutes les initiatives évoquées ci-dessus vont dans le même sens que celui souhaité par les pouvoirs publics.

Dans le rapport7 remis en janvier 2020 à Matignon sur le maintien dans l’emploi des seniors, une quarantaine de propositions concrètes sont formulées, autour de cinq axes clés : la prévention de l’usure professionnelle, la facilitation des mobilités et évolutions professionnelles, l’assouplissement des frontières entre emploi et retraite, le renforcement de l’investissement en formation à partir de la mi-carrière et la remise en cause de nos représentations liées à l’âge.

Espérons que ces nouvelles promesses ne tomberont pas dans l’oubli car autrement le nombre de personnes sans emploi va drastiquement augmenter et le paiement des retraites va devenir un vrai problème.

En renvois indiqués dans le texte :

1 Emploi des seniors : quels enjeux, quelles solutions ?

2 Derrière la réforme des retraites, le chantier de l’emploi des seniors

3 Les cadres senior au chômage prêts à des concessions pour retrouver un emploi

4 Emploi des seniors : ces entreprises qui recrutent des quincadres

5 Recruter des cadres seniors, pourquoi ?

6 10 engagements pour valoriser la place des +50 ans dans l’entreprise

7 Rapport sur le maintien en emploi des seniors

Les Gads 16 et 7

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